LES PHOTOMOBILES™  JEAN-LUC GANTNER
 
SANS MOBILE APPARENT L’outil, l’instrument, la machine, l’engin, le dispositif ou… appelez-le comme vous voudrez ! pourrait faire sourire n’importe quel photographe professionnel : Photographier avec un téléphone, photographier le monde avec un  vulgaire téléphone mobile… en réalité, un simple jouet. Néanmoins, ou plutôt justement ! l’idée m’amusait. (Je pensais d’emblée à la dimension sacrée de l’outil qui succombait au même principe que celui de l’utilisation de la main qui avait longtemps prévalu dans l’art jusqu’au début du XXe siècle, et je regardais mon Leica™ aussi, ce qu’il adviendrait de cet outil mythique du photographe reporter des années cinquante). Je pensais aussitôt à une règle tautologique : Si Photographier consistait premièrement à communiquer, le téléphone était utile exactement à la même chose. Téléphoner avec un appareil photo, prendre des images avec son téléphone… comme on pourrait se parler avec son appareil photo. Je pensais : Tout était possible aujourd’hui, une idée post-moderne, et j’adorais ça. Je pensais : Enregistrerions-nous dorénavant nos conversations sous forme de clichés ? Que continuerions-nous de nous dire sous la forme d’une image abstraite ? La formule était trop belle pour ne pas être explorée en profondeur. « Allo, la terre, je ne vous entends pas très bien, à cause du cadre peut-être ! oui, c’est un peu flou sur la ligne. Ne quittez pas, j’essaye de faire le point. Ça y est ! Ne bougeons plus… C’est-à-dire que le mobile n’est pas très sûr pour empêcher les effets de “bougers”. Bon ! voilà la photo qui devient un jeu de construction, un jeu d’idées, un jeu à penser, un jeu à s’échanger des idées floues. Je pensais : Des PHOTOMOBILES® : Je marche… donc je photographie ; je photographie donc je suis le mouvement. Etc… Un véritable jeu à tout se dire, n’importe quoi, pour penser un peu et en rire à la fin ; un jeu à tout se montrer ce qu’on pense et presque en temps réel. Je vois comme je pense, je pense comme je vois… tout à l’air si simple dorénavant. Je peux même me téléphotographier à moi-même mes propres idées, mes propres images, me voir penser instantanément et en simultané du monde auquel je pense en images. (La preuve irréfutable que j’existe et que j’existe dans un monde qui existe aussi comme j’imagine qu’il puisse être selon moi et uniquement moi de la façon la plus narcissique qu’il soit). Une sorte de transmission directe entre soi et la preuve de soi par soi, le tout compressé et transmis en mode binaire… pour faire simple et sans aucune autre alternative possible. 

Les Photomobiles®™... elles sont nées d’elles-mêmes. C’est-à-dire dire qu’elles se sont produites d’abord spontanément. Un “accident” disait Francis Bacon. Techniquement, le travail commence par “un coup” de téléphone. Une conversation picturale au téléphone portable, voilà le mobile. “Allo ! oui c'est moi. Oui, je sais que c’est toi, mais je ne t’endends pas très bien”. Un défaut sur la ligne. La conversation photo-mobile... comme une manière d'échanger des sentiments au téléphone, mais ça ne fonctionne pas toujours très bien.
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 J’aurais surtout voulu rencontrer Robert Rauschenberg, comprendre toutes ses “Combines” Black market 1961... Je pensais : c’était tellement bien le Pop Art. Je pensais à des tas de choses à propos de n’importe quoi, des tas de choses qui n’avaient absolument rien à voir entre-elles, mais qui pourraient quand même s’entendre ensemble dés lors qu’on y mettrait les formes. Un cliché parfait des principes de communication du monde moderne. Allo ! ne bouge pas, je t’envoie une petite pensée de 2,5Ko, une pensée en forme de photo avec un mobile très léger, Un modèle de pensée standardisée et portable pour ne rien encombrer des lignes droites en mode numérique. Une PHOTOpensée en mode “Léger” “un monde où” - écrivait Dora Vallier à propos du peintre... - “les hommes ne communiquent pas entre eux, tous enfermés comme les objets, dans un égal mutisme, tous pareillement clos, inertes, cernés dans un espace quelque part au-delà du sentiment ; un monde d'extrême subjectivité”.
Alors voilà ! un jour de février 2004, j’inventais la PHOTOmobilité, une solution active pour me débarrasser des idées fixes, un principe de PHOTOsynthèse à l’échelle numérique et télé-portable pour réagir très vite en pleine lumière.
Je pensais… je PHOTOpensais. Je pensais et puis je dépensais aussi… je finirai par PHOTOdépenser tout ce que j’aurai sur moi (une forme assez vulgaire de la pensée moderne et de tout ce qui peut s’échanger avec un téléphone portable ; mais j’avais déjà les poches vides et pour le reste, rien n’avait plus d’importance). J’écoutais un morceau de Trip Hop sur mon iPod SHUFFLE 512Mo flambant neuf (mais qui serait tout de suite dépassé) et puis Schubert aussi. J’écoutais Muse, Radiohead ou Schubert, et regardais mon vieux LEICA M6 lui pousser des fleurs un peu tristes pendant que je PHOTOtéléchargeais des natures mortes en langage binaire. Par mesure de sécurité, J’avais tout sauvegardé, j’avais tout PHOTOmémorisé sur un disque dur. Je pensais à Cézanne, à Seurat, à Monet aux impressionnistes… J’étais PHOTOimpressionné ! par toutes ces images polymorphes et oniriques, leur nature encombrée de lignes saturées. Toutes ces images qui m’apparaissaient déjà comme le souvenir d’un simple coup de téléphone post-moderne. C’est à ce moment-là qu’elle a raccroché. Bref, j’étais mobilisé sur La question de la perte de l'’échelle humaine dans Les tirages couleurs chromogènes d'Andreas Gursky ou encore... sur l’idée des échanges sous forme de flux dans le travail de Victor Burgin. Je pensais aux polaroïds de Kurt Maron et à la fois aux reportages en couleurs de Bill Owens...  J’avais très envie d’un café, une grande tasse avec plein d’eau, un café à l’Anglaise pour me tirer de là sans que personne ne s’en aperçoive. Je pensais… J’aurais aimé vivre à New York juste pour rencontrer Andy Warhol, Tom Wesselmann ou Jasper Johns.
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Digressions artistiques à partir d’un téléphone portable...